Objectifs trop élevés ? Accompagnez vos clients jusqu'à la réussite en fixant des objectifs réalisables

Descriptif

Des campagnes, visant à promouvoir et à accroître les niveaux d'activité physique, ont été lancées récemment. La bonne nouvelle c’est que ces efforts semblent avoir un certain effet, avec la prévalence de la sédentarité qui a commencé à décliner. Malheureusement, les niveaux d'inactivité physique sont encore trop élevés.

L’un des sujet de préoccupation majeur est la propension à maintenir un niveau d’exercice régulier sur du long terme, qui reste médiocre, avec des taux d'attrition pour les programmes d'exercice structurés allant de 9 à 87 %. Autrement dit, beaucoup de gens entament un programme d'entrainement, mais ils ne parviennent pas à maintenir une pratique physique régulière sur du long terme.
 

Néanmoins, il existe de nombreuses stratégies que vous pouvez utiliser avec vos clients afin d'améliorer l'adhésion aux programmes d’entrainement, telles que l'identification d’objectifs réalisables, individualisés et modulables. Toutefois, la mise en œuvre de ces stratégies pratiques exige une compréhension claire des évolutions possibles et réalistes de la condition cardiorespiratoire et des différents facteurs de risque de votre client à moyen et long terme.
 

Si les principaux objectifs d'un client sont de modifier son profil lipidique et améliorer sa condition cardiorespiratoire, vous devez dressez un tableau réaliste de l’évolution possibles de ces facteurs dans les mois à venir. Sans cette analyse, la réalisation de programmes d'entrainement avec des objectifs réalisables ne peut se faire et il est fort probable que votre client se démobilisent et délaissent le programme quand il ou elle n’atteindra pas les objectifs fixés.
 

Voici un guide pratique (basé sur des études théoriques et empiriques) portant sur les améliorations moyennes constatées sur la condition cardiorespiratoire et sur les facteurs de risques communs qui peuvent survenir suite à la pratique régulière d’une activité physique, ainsi que la durée nécessaire pour atteindre ces objectifs. Vous y trouverez tout ce qui peut contribuer à vous aider à mieux gérer les attentes de vos clients et les encourager à suivre et rester fidèle à leurs programmes.
 

Prioritiser les objectifs

L’un des défis majeurs rencontré par les coachs personnels au début d'un partenariat avec de nouveaux clients, c’est de les aider à prioriser les objectifs pour établir un programme d'entrainement adapté. Autrement dit, quels devraient être les principaux objectifs d'un programme d'entrainement pour les clients? Il est évident que chaque client aura des motivations différentes pour être plus actifs. Cependant, parce que les maladies cardiovasculaires (MCV) sont le problème de santé le plus pressant dans nos sociétés modernes, il est logique que beaucoup d'adultes participent à des programmes d'entrainement visant à réduire le risque de développement de MCV et la mortalité par MCV. Pour atteindre cet objectif, il est primordial que les facteurs de risque qui contribuent au processus de développement d’une MCV soient identifiés puis atténués.

 

Les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires et l'exercice: Quelles améliorations sont attendues et Combien de temps cela prendra-t-il?

Les principaux facteurs de risque des MCV sont : un faibles niveau de capacité cardiorespiratoire, une dyslipidémie (par exemple, taux élevé de cholestérol LDL et faibles niveaux de cholestérol HDL), l'hypertension, le diabète de type 2 et l'obésité.
 

En tant que professionnel de la remise en forme, vous devez vous attacher à obtenir les mesures de base de tous ces paramètres pour chaque client. Par la suite, les valeurs obtenues peuvent être évaluées afin de déterminer si le client est dans une catégorie avec un risque élevé. Si c'est le cas, des évolutions positives (une diminution ou au moins un contrôle) de ces facteurs de risque spécifiques doivent être l’objectif de base du programme. Même si cela peut paraître simple sur le papier, il est essentiel que les clients comprennent quels sont les progrès auxquelles ils peuvent s'attendre sur chacun de leurs objectifs, et le temps nécessaire pour y parvenir. Il est indispensable de répondre à ces questions cruciales.
 

Condition cardio-respiratoire

L’endurance cardiorespiratoire est considérée comme le « résultat ultime en santé ».

Après tout, il a été montré qu’une mauvaise condition cardio-respiratoire entraine plus de décès chez les hommes et les femmes que tout autre facteur de risque de MCV. La bonne nouvelle, c’est que le niveau de capacité cardiorespiratoire est exceptionnellement malléable. En effet, la recherche indique que l'individu peut généralement s'attendre à améliorer sa condition cardio-respiratoire de 10 à 30 % après trois mois d'entraînement en aérobie. Ces chiffres sont impressionnants puisqu’à long terme, comme la littérature le suggère, une amélioration de 10 % de la condition cardiorespiratoire peut entraîner une réduction de la mortalité de 15 %.
 

L’Hypertension

Selon une étude, l'hypertension est la 2eme cause responsable du plus grand nombre de décès. La recherche a montré une relation inverse entre les niveaux de pression artérielle et l'exercice. En conséquence, le fait de pratiquer régulièrement une activité physique aidera à réduire les niveaux de pression artérielle. Il a été démontré qu’une baisse de la pression artérielle de 2 mmHg est associée à une diminution de 6 % de la mortalité par accident vasculaire cérébrale (AVC) et une diminution de 4 % des maladies coronariennes.
 

L’Obésité

L’objectif numéro un pour de nombreux clients initiant un programme d'exercice, c’est la perte de poids. Étant donné la forte prévalence de l'obésité et le fait que la masse grasse excessive soit associée à une myriade de conditions et de comportements, c'est une cible de choix. Malheureusement, les clients se fixent souvent des objectifs de perte de poids qui sont incohérents avec les recommandations de la littérature scientifique. Des examens complets des études portant sur la relation entre l'exercice et la perte de poids montrent qu’en moyenne, il est possible de perdre entre 0.5 à 2 kilos avec quatre mois d’entrainement.
 

Cependant, il est d'une importance absolue que vous expliquiez à vos clients que ces changements relativement modestes confèrent d'importants avantages sur la santé globale. Un certain nombre d'études ont lié des améliorations substantielles concernant divers facteurs de risque de maladies chroniques (comme la faible capacité cardiorespiratoire, la résistance à l'insuline et un taux réduit de cholestérol HDL) avec une réduction de la masse corporelle de seulement 2 à 3 %.
 

Le Diabète de type 2

Le diabète de type 2 est actuellement une épidémie qui prend de l’ampleur. Il a été estimé qu'une personne sur trois aux Etats Unis nés en 2000 ou plus tard, sera atteinte d’un diabète de type 2 dans sa vie. Bien que le taux soit bien moins important en France, cela est particulièrement inquiétant étant donné que les taux de mortalité par cardiopathie sont deux à quatre fois plus élevé chez les diabétiques de type 2 comparés à ceux qui n’y sont pas sujets.
 

Toutefois, les personnes diabétiques de type 2 qui pratiquent régulièrement une activité physique sont susceptibles de bénéficier de nombreux avantages, y compris une sensibilité accrue à l'insuline, une diminution de l'hémoglobine HbA1c et une réduction des besoins en insuline. L’entraînement chronique en aérobie entre 2 et 12 mois diminue les niveaux de l'hémoglobine HbA1c de 0,6 %. Cette réduction est cliniquement significative pour les personnes diabétiques de type 2 et a été lié à une réduction de 22 % des complications microvasculaires et une réduction de 8 % dans les taux d'infarctus du myocarde.
 

Chez les non-diabétiques, l'exercice régulier offre également des avantages importants en termes de maintien d’une sensibilité normale à l'insuline et le contrôle de la glycémie. Par exemple, il a été rapporté que deux mois d’entrainement en aérobie réduisent la glycémie à jeun de 6 mg / dL.
 

La Dyslipidémie

La dyslipidémie désigne des anomalies sanguines des lipides et du profil lipoprotéine, et est caractérisé par des élévations du taux de cholestérol LDL et des triglycérides, de même que le cholestérol HDL. Ces paramètres peuvent être modifiés avec l'exercice régulier. Il a été montré que trois mois d’entrainement en aérobie augmentent le taux de cholestérol HDL de 2 à 8 mg / dL. De même, l'exercice régulier au cours de périodes similaires résulte sur une réduction comprise entre 3 et 10 % du cholestérol LDL.
 

Les taux de cholestérol total et de triglycérides peuvent également être atténués après plusieurs mois d'exercice régulier; la diminution classique du cholestérol total est de 4 à 20 %, alors que les triglycérides sont abaissés de 5 à 38 mg / dL. Ces modifications positives du profil lipidique apportent de nombreux avantages pour la santé. Il a été estimé que pour chaque augmentation d’1 mg / dL dans le cholestérol HDL, on diminuait le risque d'apparition d’une maladie coronarienne (CHD) par 2 à 3 %.
 

En outre, il a été avancé que pour chaque baisse de 1 % du taux de cholestérol LDL, il existe une réduction correspondante de 1 % des risques de développer une maladie cardiaque. De même, chaque réduction de 1 % du taux de cholestérol total a été associée à une diminution de 2 % du taux de maladies cardiovasculaires.
 

La recherche suggère que les évolutions mentionnées ci-dessus sont les plus courantes pour les HDL et les triglycérides, tandis que les adaptations des taux de cholestérol total et de cholestérol LDL ne sont pas aussi universelles.


Les exceptions

Cet article, qui s’appuie sur la recherche actuelle, met l'accent sur les améliorations moyennes constatées pour des facteurs clés de la santé. Il est important de noter que les résultats peuvent être plus ou moins prononcés pour certaines personnes. L’un des objectifs principaux de cet article est de vous faire analyser et interpréter les changements susceptibles de se produire suite à l’entrainement chez une personne. Toutefois, ces chiffres concernant les adaptations physiologiques liés à l’exercice ne doivent pas être perçus comme un plafond artificiel. Cela pourrait avoir pour effet de limiter les objectifs du programme d'entrainement. En fin de compte, et afin que vos clients en bénéficient le plus, il va s'agir pour vous d’établir un équilibre délicat dans le mélange entre les résultats attendus et un optimisme prudent.

 

Il est également important de comprendre que, dans la plupart des cas, les résultats rapportés sont ceux que l'on pourrait s'attendre à voir au bout de trois à six mois d’entrainement. Bien que représentatif de la durée moyenne des coachings, il s'agit en réalité d'un délai très court. Il pourrait être plus approprié de considérer quelles adaptations vont probablement se produire si la le programme d’entrainement se poursuit sur un plus long terme (par exemple, deux ou trois ans).

Malheureusement, il serait trop difficile de contrôler les effets de l’exercice seul sur une si longue période de temps. Néanmoins, les résultats d’études transversales permettent de se projeter sur les résultats possibles de l'exercice sur du long terme. Par exemple, il a été rapporté que le cholestérol HDL (le bon) chez les personnes entrainées est près de 20 points (entre 2 à 8 mg / dL) supérieur à leurs homologues sédentaires. Ceci suggère que les adaptations bénéfiques suite à l'entraînement continuent de s'accumuler pour le HDL bien au-delà des trois à six premiers mois d’entrainement. Evidement, c’est également le cas pour tous les résultats examinés dans cet article.
 

Enfin, une prise de conscience des aspects physiologiques dus au vieillissement vont vous aider à établir des objectifs de programmes réalistes pour vos clients. Les personnes âgées sédentaires qui commencent un programme d'entrainement pourraient s'attendre à de nombreux bienfaits pour la santé. Toutefois, en raison de la baisse naturelle des fonctions associée au vieillissement, l'entretien des différentes fonctions doit être considéré comme un succès. En effet, la recherche montre que l'aptitude cardiorespiratoire diminue, en moyenne, de 1 % par an. Par exemple, si vous deviez travailler avec un client senior pendant trois ans et que vous n’observiez aucun changement de sa condition cardiorespiratoire au cours de cette période, vous pourriez, à juste titre, conclure que vous avez conçu et mis en œuvre un programme efficace. Pourquoi ? Le déclin inévitable de la fonction physiologique, dans ce cas la condition cardio-respiratoire, a été retardée. En d'autres termes, l'entretien peut aussi être perçu comme un résultat triomphal.
 

Quelle sont les significations communes de ces changements?

Le changement attendu et la signification associée pour chaque résultat sur la santé individuelle sont présentés dans le tableau ci-dessous.

Les changements attendus, les délais minimum et la signification des facteurs clés de la santé (Facteurs / Changements attendus / Délai pour obtenir ces résultats / Significations)

Capacité cardio-respiratoire / ↑ 10–30% / 3 mois / 10% ↑ VO2max = 15% ↓ risques de mortalité

Pression systolique (SBP) / ↓3 mmHg / 1–6 mois / 2mmHg ↓ SBP = 6% ↓ crise cardiaque et 4% ↓ CHD

Pression diastolique / ↓ 2 mmHg / 1–6 mois / Aucune donnée disponible

Perte de poids / ↓ 1–3 lb / 4 mois / 2–3% ↓ poids = diminution des facteurs de risque

Taux de glucose à jeun / ↓ 6 mg/dL / 2 mois / Aucune donnée disponible

Hémoglobine HbA1C / ↓ 0.6% / 2–12 mois / 0.6% ↓ HbA1C = 22% ↓ complications microvasculaires et 8% ↓du taux de MI

Cholestérol Total / ↓ 4–20% / 3–6 mois / 1% ↓ TC = 2% ↓ CVD rates

Cholestérol LDL / ↓ 3–10% / 3–6 mois / 1% ↓ LDL = 1% ↓ risque d'apparition d'une CHD

Cholestérol HDL / ↑ 2–8 mg/dL / 3–6 mois / 1mg/dL ↑ HDL = 2–3% ↓ risque d''apparition d'une CHD

Triglycérides / ↓ 5–8 mg/dL / 3–6 mois / Aucune donnée disponible        

CHD = maladie coronarienne          

 

Etude de cas

Cependant, il est tout à fait possible que le client puisse être intéressé par un programme d'entrainement visant à modifier plusieurs facteurs de risque de MCV simultanément.

Nous allons voir comment quantifier de manière significative les changements attendus pour ce type de scénario. Tout d'abord, nous avons besoin d'introduire un outil connu sous le nom de la calculatrice de risque de Framingham « 10-year risk », qui peut être trouvé sur le site Web American Heart Association.
 

L'outil donne une estimation sur 10 ans de la probabilité d’apparition de risques cardiaque ou maladies cardiovasculaires (MCV) d'un individu. Ce calcul est basé sur des caractéristiques personnelles, telles que l'âge et le sexe, ainsi que divers facteurs de risque. L'outil fonde ses calculs sur un système de notation, qui a été développé avec les données recueillies à partir de la Framingham Heart Study.

Étant donné que la mortalité due aux maladies cardiovasculaires est la principale cause de décès chez les Américains, l'obtention d'une estimation du risque de MCV peut vous fournir de précieuses informations. En particulier, l'établissement d'un bilan initial de risque de MCV peut servir de référence à partir duquel les estimations futures de risque de MCV peuvent être comparées après un programme d’entrainement. Prenons le cas concret suivant:
 

Marie, une grand-mère sédentaire, a fait appel à un coach pour entamer un programme d'entrainement. Apres avoir rentrer les différents renseignements personnels et les valeurs de référence pour les facteurs de risque de MCV et selon les informations préliminaires, le risque pour Marie d’avoir une attaque cardiaque ou de mourir d'une maladie cardiaque au cours des 10 prochaines années a été estimé à 6 %.


Le programme d’entrainement mis en place s’est étalé sur une période de 6 mois, au cours de laquelle elle se rendit régulièrement dans une salle de sport et suivit rigoureusement le programme d'exercice qui avait été conçu. Lors de son deuxième examen physique et physiologique (celui post-programme), il a été constaté des modifications positives sur chacun des facteurs de santé.

Pour déterminer les effets significatifs de ces changements il a été décidé de recalculer sa « 10-year risk estimation » pour les risques de crise cardiaque et de MCV et, chose peut surprenante, ils ont été réduit de moitié, passant de 6 à 3 %.

 

Par MCS